NO GAFAM
Voici les principales questions que je me pose et qui me posent problème, lorsqu'il s'agit des GAFAM et de leur utilisation...
Vue d'ensemble

A la vue de cette image, on s'aperçoit de l'ampleur du territoire des GAFAM: ils sont partout!
Ces applications issues de la tech' américaine sont dans tous nos téléphones et ordinateurs, elles occupent nos quotidiens, orchestrent nos vies professionnelles comme personnelles, hébergent nos images, dossiers, informations et documents. En l'état, on se dit qu'on aurait du mal à vivre sans elles.
D'ailleurs les GAFAM ont un pouvoir économique monstrueux qui biaisent les rapports de force: à eux seuls: Alphabet (Société mère de Google), Amazon, Meta (anciennement Facebook), Apple et Microsoft ont dépassé le seuil des 10 000 milliards de dollars de capitalisation boursière en 2024. Un chiffre dont il est difficile de prendre la mesure mais à titre de comparaison, le produit intérieur brut (PIB) de la France n’était « que » de 3 101 milliards de dollars pour la même année.
"La puissance de feu des géants technologiques se mesure toujours en milliers de milliards" Le Big Data
Ces entreprises sont d'ailleurs régulièrement accusées d’abus de position dominante en dissuadant les nouveaux ou en les éliminant par rachat,...
Et je dis GAFAM, mais il faudrait dire BATMMAAN dorénavant (dixit David Crowther) puisque les historiques ont été rejoints par des "petits" nouveaux pour rassembler désormais: Broadcom, Apple, Tesla (qui fait évoluer son modèle vers de la robotique autonome), Meta, Microsoft, Amazon, Alphabet et Nvidia (dont les puces électroniques sont indispensables à l'IA générative).
Semi-conducteurs, Télécommunications, Voitures, Logiciels et Informatique, Services internet,... oui oui, un gros morceau de ce qui remplit nos vies est détenu par ces "Magnificent Seven" (ou Sept Magnifiques, rien que ça).
Et puis c'est pratique, les activités des uns servent aux autres, ils s'entre nourrissent dans ce petit club très select, un système parfait.... pour eux!
Problématique
Mais cette position dominante couplée au fait que ces applications appartiennent à des sociétés privées, posent quand-même un certain nombre de questions:
Que penser de leur modèle économique?
Parce que ces outils sont propriétaires rappelons-nous. Cela signifie que ce ne sont pas des communs, des services publics ou des outils libres: leur utilisation par les usagers doit être rémunératrice pour les entreprises qui les ont conçus, les maintiennent et les font évoluer. C'est le jeu capitalistique normal.
Alors ici et comme souvent pour les contenus en ligne, la rémunération passe d'abord par la pub: des annonceurs paient les plateformes pour pousser leurs contenus promotionnels et que des publicités (ciblées dans le cas des GAFAM puisque les plateformes connaissent nos préférences et centres d'intérêt 😒) apparaissent parmi les images/articles que l'on consulte. De leurs côtés, les influenceurs et influenceuses sont rémunéré.es par les marques pour mettre en lumière leurs produits. Marketing quand tu nous tiens.... mais jusque là, rien que du classico-classique.
La nouveauté avec le développement de l'IA et des algorithmes de plus en plus pointus (développement poussé par ces mêmes GAFAM biens sûr) c'est que nous sommes, nous aussi, devenu.es un produit parmi les autres.
Dorénavant et depuis que les conditions d'utilisation des plateformes ont évolué, le contenu que l'on y publie leur appartient. En clair, tout ce que l'on poste et partage peut être vendu par les plateforme à qui cela intéresse, utilisé pour les entrainements de l'IA ou les productions de contenu de l'IA générative (oui oui, l'IA produit des choses en se servant et volant ce qui a été produit par d'autres).
En résumé: plus nous passons de temps sur les plateformes, plus elles peuvent gagner de l'argent puisque nous pouvons voir des pubs ET partager du contenu qui peut être vendu ou valorisé pour le développement IA. C'est ce que l'on appelle "l'engagement".
Les algorithmes sont configurés pour filtrer le contenu qui nous est proposé et nous rendre captif.ves afin que l'on passe un maximum de temps connecté.e c'est-à-dire "engagé.e" puisque vous l'aurez compris, c'est cet engagement qui rapporte de l'argent.
Vous connaissez le désormais fameux adage: "quand c'est gratuit, c'est vous le produit". Et oui... si la très grande majorité de ces services est gratuite c'est qu'in fine, les entreprises y trouvent bien leur intérêt.
Quelle est la neutralité de ces outils?
On sait maintenant comment ces plateformes (les réseaux sociaux en particulier) fonctionnent; les infos sont triées/préparées par des algorithmes et peuvent donc être manipulées: est-ce que l'on accède à des informations de qualité et vérifiées, ou est-ce que l'on est exposé.e aux contenus garantissant le meilleur taux d'engagement...?
Je vous laisse répondre à cette question, rhétorique vous l'aurez compris.
"Tout l’enjeu pour des secteurs comme la Big Tech, le capital fossile, les industries d’armement et de surveillance ou l’agro-business, c’est de trouver une formule politique leur ouvrant de nouvelles perspectives d’accumulation du capital dans un système économique stagnant, c’est-à-dire un jeu à somme nulle où ce qui est gagné doit l’être au dépens de la nature, des classes travailleuses mais aussi des petites et moyennes entreprises” Socialter, Hors-Série n°20
A quoi servent nos données?
Donc on sait que les données que l'on partage, nos données au départ, sont maintenant récupérées, utilisées et vendues par les plateformes. De là à envisager que ces données soient à l'avenir utilisées contre nous il n'y a qu'un pas.
Du profilage client pour nous vendre des produits, au profilage des personnes à des fins de surveillance et de flicage, la distance à parcourir est bien courte.
Si vous pensez "pour moi pas de problème, je n'ai rien à cacher", je vous invite à lire Matin Brun par exemple. Concernant les libertés, on n'est pas concerné.e jusqu'à ce qu'on le devienne.
Qu'en est-il de notre Souveraineté?
Presque 100% (92% pour les infrastructures Cloud par exemple) des systèmes d'exploitation sur mobile sont américains (Google/Android ou Apple) et l'on comprend alors immédiatement la dépendance que cela crée pour nos vies -"nos" est à entendre ici au sens de "européen.es" - nos entreprises, organisations publiques et gouvernementales vis-à-vis de ces institutions US.
"Le constat est connu mais alarmant : l’Union européenne dépend de pays tiers pour plus de 80% de ses produits, services, infrastructures et propriétés intellectuelles. Ce chiffre n’est pas un indicateur économique parmi d’autres. C’est un marqueur de vulnérabilité systémique. Il signifie que la continuité de l’économie européenne repose sur des chaînes qu’elle ne maîtrise pas totalement, voire pas du tout." L'Usine Digitale
Voilà un moyen de pression stratégique et économique de choix, pour qui souhaiterait mener une guerre commerciale ou politique avec l'UE. Hum. Une trentaine de parlementaires a d'ailleurs écrit une lettre ouverte en ce sens, soulignant cette dépendance et les alternatives possibles.
Le Parlement européen ne s'y trompe d'ailleurs pas et depuis le 4 juin 2026, selon un document révélé par Politico et Euroactiv, les 720 députés européens, leurs assistants et les milliers d’agents du Parlement européen voient Qwant s’afficher par défaut dans la barre d’adresse de leurs navigateurs Firefox et Edge, au nom de « l’engagement du Parlement en faveur de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles »; le géant Google est donc remplacé par un frenchie hébergé en Europe.
Entre autre options, la France de son côté a développé un outil de messagerie instantanée dédié aux agents et administrations de l'Etat prénommé Tchap (qui n'est donc pas pour Monsieur et Madame tout le monde vous l'aurez compris) mais qui offre une alternative au classique, incontournable et insupportable Whatsapp. Idem pour la visio conférence avec... Visio.
Et l'impact environnemental, on en parle?
Ce point précis mériterait un article à lui seul, mais d'ores et déjà, notons que la consommation énergétique et en eau potable (pour le refroidissement des serveurs et machines) des data centers est astronomique. Mais oui, vous savez, ces centres qui stockent les données que nous partageons sur les plateformes car non, elles ne disparaissent pas et jamais, tout est conservé quelque part...
Dans un article de Opéra énergie, il est par exemple indiqué que:
Sites électro intensifs, ils consomment en moyenne 5,15 MWh/m2/an en France. Ainsi, un data center de 10 000 m2 de surface présente une consommation équivalente à celle d’une ville de 50 000 habitants, comme Laval ou la Roche-sur-Yon, par exemple.
Un papier de Reporterre fait le point sur la question de l'eau qui va "exploser":
"Les data centers, toujours plus nombreux et plus grands, concentrent des machines qui produisent de la chaleur et qu’il faut refroidir (...) Dans son rapport environnemental, Google a ainsi révélé avoir prélevé 28 milliards de litres d’eau dans l’année, dont les deux tiers — de l’eau potable — pour refroidir ses data centers. Entre 2018 et 2022, ses prélèvements ont bondi de 82 %"
Ces consommations sont actées sans questionnement ni compensation.
Dans un monde qui manque d'eau, qui brûle sous les canicules et incendies, qui voit sa biodiversité disparaître et l'espèce humaine (parmi d'autres) clairement menacée par des conditions de vie plus que dégradées, faire comme si de rien n'était est au mieux irresponsable, plus certainement dangereux.
Atterrissage
Les GAFAM et BATMMAAN sont donc des entreprises prédatrices des ressources de la planète, de nos informations, de notre attention, de nos goûts, de notre argent, de notre temps de vie.
Les licences informatiques et ventes d'ordinateurs/tablettes/smartphones à l'obsolescence programmée, ont permis à ces agents quasi monopolistiques de se constituer d'indécentes fortunes pour régner en maîtres peu contestés. Ils nous imposent aujourd'hui leurs règles, leurs agendas, leur arrogance.
Mais ce n'est pas une fatalité. Nous ne sommes pas obligé.es d'accepter le chemin aride, injuste et sécuritaire que ces gros gras dégueu nous persuadent de voir comme inévitable.
Ils sont tellement partout et nous sommes tellement habitué.es à eux, englué.es dans leurs usages, que cela relève de la désintoxication. Mais des alternatives existent, je vais les poster séparément.
Haut les cœurs, un autre monde est possible pour peu qu'on le choisisse.