DIAGONALE/ L'insurrection qui vient

Un petit ouvrage du comité invisible que j'avais très envie de découvrir

DIAGONALE/ L'insurrection qui vient
Photo de Baset Alhasan

L'expérience du 10 septembre a été pour moi aussi frappante que fondatrice. Les deux allant sans doute de pair... Toujours est-il que la question générale, citoyenne, de savoir "comment exprimer son désaccord" est intacte et que la bribe de réponse sur laquelle j'ai pour l'instant atterri est: "sabote baby, sabote".

Dans ce cadre, je me suis mise à lire et écouter des podcasts sur le sujet et dans l'un de ces derniers, j'ai entendu parler de l'ouvrage L'insurrection qui vient du comité invisible. Nom du livre et nom de l'auteur, tout y était pour que je sois emballée. Je l'ai trouvé d'occasion, je l'ai commandé... et je l'ai lu.


Mon avis général

Non je ne suis pas critique littéraire mais oui j'ai un avis alors à toutes fins utiles, je le donne.

C'est un livre assez court puisqu'il fait moins de 150 pages, mais j'en ai trouvé la lecture fastidieuse. Il est constitué de deux parties: la première étant un état des lieux et la seconde se voulant quelque chose comme des conseils pour passer à l'action.

La première partie m'a presque eue à l'usure, sur le fond et sur la forme. La forme d'abord, AU SECOURS. Vraiment. C'est lourd, franchement lourd. A la limite du compréhensible il m'a même semblé. Comme lorsque l'on parle avec quelqu'un qui s'écoute parler. Pareil. C'est un livre qui se regarde écrire sauf que précisément, lire des livres ce n'est pas mon métier.

Je ne lis pas ce type d'ouvrage pour être impressionnée par la plume - et de fait je ne le suis pas du tout - ou pour être prise de haut par un collectif méprisant qui trie sur le volet celleux qui seront dignes de le lire. A quel moment on rassemble les foules en étant hautain de la sorte? Tout comme la structure en "cercles", je n'ai pas compris. Décidément...

Passons. Et alors sur le fond... TOO MUCH. Pourtant je suis en colère. Je suis foncièrement en colère de la manière dont les choses se passent dans notre pays et ailleurs et de la manière dont systématiquement il semble, lorsque les dirigeants peuvent prendre une décision, ils paraissent choisir la mauvaise. Mais ma colère est intrinsèquement positive et nourrie d'espoir. Convaincue qu'un autre chemin d'humanité est possible.

Clairement, ce n'est pas la conviction de ce comité invisible. Ou alors en effet, je n'ai décidément rien compris. C'est déprimant. Un peu comme nos chefs qui décident de faire de la m... chaque fois que c'est possible, et bien là, chaque fois que c'est possible, les auteurs choisissent de nous plomber. D'enfoncer un clou déjà suffisamment douloureux. Comme s'ils peignaient le décor de leurs propos de gris, de visqueux, de sans oxygène (là par exemple, j'aurais pu écrire "anaérobie", qui est le terme exact, mais ce serait sélectif! ok, je l'écris quand même entre parenthèse mais c'est parce qu'apprendre des nouveaux mots, c'est chouette🤓). On n'a pas besoin de ça. En tout cas moi, je n'ai pas besoin de ça. Je n'ai pas envie de lire ça. J'aime lire pour me nourrir et me nourrir de mochesiniquequidéprime non merci.

Enfin, je trouve que certains propos mériteraient d'être complétés d'un regard contemporain tant l'évolution de l'approche sécuritaire a pris de l'ampleur. Cet ouvrage date de 2007, mais ces 20 dernières années, il s'en est passé des choses et le niveau de la répression dans les manifestations pour ne parler que de cela, par exemple, à atteint des sommets (vue de mon expérience personnelle en tout cas).

Dans ce bain de tournures alambiquées et de paysages déprimants, j'ai tout de même souligné différentes choses qui m'on parues pertinentes, intéressantes. Les voici.


Morceaux choisis

Sous quelques angles...

"De gauche à droite, c'est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d'après les dernières trouvailles du service communication (...) Dans son silence même, la population semble infiniment plus adulte que tous les pantins qui se chamaillent pour la gouverner."

"Ceux qui ont trouvé dans les voies criminelles moins d'humiliation et plus de bénéfices que dans l'entretien de surfaces ne rendront pas leurs armes, et la prison ne leur inculquera pas l'amour de la société."

"En fait de solution, la pression pour que rien ne se passe, et avec elle le quadrillage policier du territoire, ne vont cesser de s'accentuer. Le drone qui de l'aveu même de la police, a survolé le 14 juillet dernier la Seine-Saint-Denis dessine le futur en couleurs plus franches que toutes les brumes humanistes. Que l'on ait pris le soin de préciser qu'il n'était pas armé énonce assez clairement dans quelle voie nous sommes engagés."

Deuxième cercle

"Nous en sommes arrivés à ce point de privation où la seule façon de se sentir Français est de pester contre les immigrés (...)"

"Il y a de l'impertinence à exister dans un pays où un enfant que l'on prend à changer à son gré se fait inévitablement rabrouer d'un "arrête, tu vas faire pleuvoir!", où la castration scolaire débit à flux tendu des générations d'employés policés."

Troisième cercle

"Là réside le paradoxe actuel: le travail a triomphé sans reste de toutes les autres façons d'exister, dans le temps même où les travailleurs sont devenus superflus."

"La menace d'une démobilisation générale est le spectre qui hante le système de production présent. (...) On n'a pas trouvé à ce jour de meilleure méthode disciplinaire que le salariat."

"Travailler, aujourd'hui, se rattache moins à la nécessité économique de produire des marchandises qu'à la nécessité politique de produire des producteurs et des consommateurs, de sauver par tous les moyens l'ordre du travail."

Sixième cercle

"Qu'EDF ait l'impudence de nous resservir son programme nucléaire comme nouvelle solution à la crise énergétique mondiale dit assez bien combien les nouvelles solutions ressemblent aux anciens problèmes."

Là où les gestionnaires s'interrogent platoniquement sur comment renverser la vapeur "sans casser la baraque", nous ne vouons d'autre option réaliste que de "casser la baraque" au plus tôt, et de tirer parti, d'ici là, de chaque effondrement du système pour gagner en force.

En route!

"Nous nous situons déjà dans le mouvement d'effondrement d'une civilisation. C'est là qu'il faut prendre parti."

"Gouverner n'a jamais été autre chose que repousser par mille subterfuges le moment où la foule vous pendra, et tout acte de gouvernement rien qu'une façon de ne pas perdre le contrôle de la population."

Se trouver

"La commune, c'est ce qui se passe quand des être se trouvent, s'entendent et décident de cheminer ensemble. La commune, c'est peut-être ce qui se décide au moment où il serait d'usage de se séparer. C'est la joie de la rencontre qui survit à son étouffement de rigueur. C'est ce qui fait qu'on se dit "nous", et que c'est un événement."

S'organiser

"Ce qu'il est important de cultiver, de diffuser, c'est cette nécessaire disposition à la fraude, et d'en partager les innovations."

"L'exigence de la commune, c'est de libérer pour tous le plus de temps possible."

"Une commune (...) doit donc se soucier d'accroître en permanence le niveau et l'étendue de son auto-organisation."

"Notre dépendance à la métropole - à sa médecine, à son agriculture, à sa police - est telle, à présent, que nous ne pouvons l'attaquer sans nous mettre en péril nous-mêmes. C'est la conscience informulée de cette vulnérabilité qui fait l'autolimitation spontanée des mouvements sociaux actuels, qui fait redouter les crises et désirer la "sécurité".

"Chaque pratique fait exister un territoire - territoire du deal ou de la chasse, territoire des jeux d'enfants, des amoureux ou de l'émeute, territoire du paysan, de l'ornithologue ou du flâneur. La règle est simple: plus il y a de territoires qui se superposent sur une zone donnée, plus il y a de circulation entre eux, et moins le pouvoir trouve de prise. Bistrots, imprimeries, salles de sport, terrains vagues, échoppes de bouquinistes, toits d'immeubles, marchés improvisés, kebabs, garages, peuvent aisément échapper à leur vocation officielle pour peu qu'il s'y trouve suffisamment de complicités. L'auto-organisation locale, en surimposant sa propre géographie à la cartographie étatique, la brouille, l'annule; elle produit sa propre sécession."

"Le mouvement permanent entre les communes amies est de ces choses qui les gardent du desséchement comme de la fatalité du renoncement."

"Il s'agit de repousser notre apparition en tant que force jusqu'au moment opportun. Car plus tard la visibilité nous découvre, plus forts elle nous trouve. Et une fois entré dans la visibilité, notre temps est compté."

Insurrection

"L'assemblée n'est pas faite pour la décision, mais pour la palabre, pour la parole libre s'exerçant sans but."

"La circulation du savoir annule la hiérarchie, elle égalise par le haut. Communication horizontale, proliférante, c'est aussi la meilleure forme de coordination des différentes communes, pour en finir avec l'hégémonie."

"Acquérir dans la durée l'aptitude à se procurer la subsistance élémentaire implique donc de s'approprier les moyens de leur production."

"Harceler la police, c'est faire qu'étant partout, elle ne soit nulle part efficace."

"Un authentique pacifisme ne peut pas être refus des armes, seulement de leur usage. Etre pacifiste sans pouvoir faire feu n'est que la théorisation d'une impuissance. (...) Et dans ce cas le pacifisme sera au contraire un signe de puissance, car c'est seulement depuis une extrême position de force que l'on est délivré de la nécessité de faire feu."

"C'est comme force politique qu'une insurrection triomphe. Politiquement, il n'est pas impossible d'avoir raison d'une armée."

"La question pour une insurrection, est de se rendre irréversible."

Mise au point

"A mesure que l'Etat providence se craquelle, l'affrontement brut entre ceux qui désirent l'Ordre et ceux qui n'en veulent plus se fait jour."

"Il est désormais de notoriété publique que les situations de crise sont autant d'occasions offertes à la domination de se restructurer."

"Quand ce monde ne semble plus tenir que par l'infinie gestion de sa propre déroute."

"Le seul avenir d'une "génération" c'est d'être la précédente; sur un chemin qui, invariablement, mène au cimetière."

Exploration continue

Ce que ça m'a donné envie d'aller voir ou lire:

  • Georges Guingouin, le premier maquisard de France
  • radio Alice, à Bologne en 1977
  • la révolte des Boxers