Apprivoiser l'inconnu
Je sais que nous allons en avoir besoin alors je vous parle de cette capacité que nous pouvons toustes développer.
Au moment où j'écris ces lignes, j'ai déjà reçu l'alerte orage de mon village: des vents pouvant aller jusqu'à 120km/h (whaaat!!!) et des grêlons jusqu'à 5cm de diamètre (des balles de golf pour vous faire une idée). Je ne suis pas sur place mais je sais qu'il arrive - il est prévu entre 19h et 23h - et que ça peut secouer fort. Très fort.
Le moment paraît opportun pour parler un peu de ce motto, nouveau dans sa formulation mais en maturation depuis un moment dans mon esprit: il me faut parvenir à apprivoiser l'inconnu.
La source
Inutile de tourner autour du pot: les temps changent. Le monde change, le climat change... la seule chose qui ne change pas finalement c'est que tout change.
Après quelques siècles de changements incrémentaux où les évolutions - technologiques surtout - ont fait évoluer nos sociétés plus qu'ils ne les ont bousculées - nous nous tenons aujourd'hui sur le seuil de quelque chose de bien différent: l'aube d'un monde nouveau.
Et entendons-nous bien: c'est une BONNE CHOSE. Il faut que le monde change, il en crève d'ailleurs de ne pas changer assez ni assez vite.
Ces ultra-riches, ultra prédateurs, ultra déconnectés du reste du vivant, ultra abjectes et flying solo, ce n'est plus possible. Ce monde créé, dirigé par et pour une poignée d'hommes blancs occidentaux câblés en mode colons de l'espace, des espaces, des corps et de tout ce qui a une valeur, ce n'est plus possible. Cela doit changer et cela va changer.
Et bien que le changement soit bienvenu étant donné ce que je viens de rappeler, il est difficile de toujours bien le voir, de le considérer comme "bienvenu" justement.
Qui dit changement... dit inquiétude
Et oui parce qu'on sait ce que l'on quitte, on ne sait jamais ce que l'on va trouver. C'est la beauté en même temps que le hic du changement. Sa force, son attrait, sa grandeur... tout en étant ce qui nous inquiète voire nous angoisse, nous fait attendre, reculer, résister.
Le changement c'est comme les vacances, on aimerait déjà y être. Etre déjà arrivé.es, avoir déjà passé les 800km, les prix indécents des aires d'autoroute bondées, la voiture surchargée, les "on arrive quand?", les bouchons sous un soleil de plomb, la queue à l'accueil du camping pour les formalités d'arrivée... Bref, être déjà les pieds dans l'eau, en n'ayant eu qu'à remuer simplement le bout du nez, comme Samantha dans Ma Sorcière bien aimée.
La période de transition entre le maintenant et le après, le ici et le là-bas, le comme ci et le comme ça et bien celle-là, ce moment-là... bof. On sent que cela peut être inconfortable et instable. Et on a raison!
Toutes les périodes de transition, parce qu'elles sont des inter-niveaux, des sas, des en devenir, ne sont pas claires. Ce sont des esquisses sans cesse retravaillées, gommées, reprises, aux contours flous et aux volumes peu harmonieux. Et c'est normal, c'est un work in progress, on est entre deux paliers, entre deux équilibres. Dans le tambour de la machine entre le linge sale qui y est entré et le propre qui va en sortir.
Bref, le changement ne nous fait pas envie, il nous inquiète même en général. Et le changement dont il est ici question, vous le sentez, nous inquiète d'autant plus. Parce que changer de maison par exemple, c'est déjà un dossier, mais les changements auxquels nous devons/allons faire face en tant qu'humanité sont d'une toute autre mesure.
On parle quand-même de feux géants, de canicules à répétition, de sécheresse donc de problème d'alimentation (faim) et de ressource en eau (soif), de migrations massives de populations, d'asphyxie des océans, de déplacements des virus et bactéries, de fonte des glaces, d'arrêt d'El Nino, du vivant (dont on fait partie pour mémoire) qui se meurt à grande échelle.... le tout saupoudré de guerres et de violences accrues parce que ......... (je vous laisse le soin de terminer cette phrase).
Et l'on sait que ce changement est à notre porte. On le sait parce que les scientifiques nous en parlent depuis des décennies et parce qu'en fait, il est déjà là ce changement. Les canicules sont là, la sécheresse est là, les feux sont là, les guerres sont là. Pour peu que l'on se demande comment on va s'en sortir, ce que l'on peut faire face à ces blocs en mouvement qui nous dépassent, comment vont vivre nos enfants, petits-enfants, ami.es, proches,... A juste titre, l'éco-anxiété nous guette, toustes.
Sauf que changement = inconnu
Oui mais... et je retourne la pièce pour me concentrer sur l'inattendu inhérent au changement: précisément, on ne sait pas ce qui va se passer avec précision ni certitude.
Et c'est bien ce qui nous inquiète parce que notre cerveau dont la fonction principale est de nous maintenir en vie, aime les certitudes et a tendance à voir le mal et les dangers partout: si on ne sait pas ce qui va arriver c'est que forcément, il ne va se passer que des choses horribles. Je parle comme votre cerveau là vous l'aurez compris.
Mais en fait, en vrai, on ne sait absolument pas ce qui va se passer et surtout sur quoi cela va déboucher: on n'a aucune certitude que le pire va se produire et va rester. On ne peut pas être certain.es que nous ne saurons pas trouver les solutions nécessaires, que nous n'aurons pas les outils, ressources et moyens utiles pour naviguer.
C'est là qu'est la clé.
Apprendre à apprivoiser l'inconnu
C'est là que se niche le travail que nous pouvons fournir, là que peut se déployer l'effort d'appréhender les choses autrement. Parce que oui, c'est un effort, ce n'est pas notre tendance naturelle; il nous faut et faudra même lutter contre cette tendance première à considérer que inconnu = danger.
Inconnu = inconnu.
Point.
L'inconnu c'est aussi l'aventure, la possibilité du nouveau et de l'autrement, le lit d'un autre réel, la voie de la création. C'est CA "apprivoiser l'inconnu". C'est se dire, sans cesse et sans répit que bien que les choses vont changer et que des passages vont être compliqués certainement et douloureux sans doute, c'est aussi et EN MEME TEMPS la possibilité que nous attendons de voir naître un monde nouveau.
C'est cette aptitude qu'il nous faut développer. C'en est une parmi d'autres, mais elle est essentielle! Apprivoiser l'inconnu... Le rendre suffisamment familier pour ne plus le craindre ou en tout cas, ne pas que le craindre.
C'est se dire par exemple:
- le changement fait partie de la vie, c'est ce qui le constitue et je n'y peux rien
- non seulement je n'y peux rien mais en plus c'est souhaitable
- et puisque c'est souhaitable, autant se concentrer sur le bien, le bon, le beau qu'il peut porter et apporter, que je peux contribuer à y créer
Parce que la paralysie de l'anxiété, la peur de l'avenir et de l'inconnu ne me mènera nulle part, ne me sert pas, ne crée pas de mouvement, nourrit un discours et une réalité stérile, vide de sens et de vie. (Même si elles font bien les affaires de ceux qui ont tout intérêt à ce que rien ne change ou alors le plus tard possible. Suivez mon regard)
Apprivoiser ne veut pas dire nier ou fermer les yeux. Apprivoiser c'est apprendre à cohabiter avec, c'est petit à petit se rendre plus proche, rendre plus familier le sauvage, trouver des passerelles, des espaces de compréhensions et de complicité. C'est exactement ce qu'il faut faire avec l'inconnu porté par le changement qui vient.
Des moyens d'agir il en existe pléthore, j'y reviendrai sans doute. Mais déjà et avec force: réapproprions-nous l'avenir. C'est un paramètre important de notre santé mentale!
C'est aussi une forme de militantisme joyeux et non résigné.
Non la planète n'est pas fichue, la Vie est plus grande et plus vaste que nous, non nous n'allons pas nécessairement disparaître dans d'atroces souffrances et oui nous pouvons inventer et écrire d'autres récits, nourrir d'autres imaginaires, bâtir d'autres réalités.
Ce monde nous appartient à nous aussi. Ils ont énormément sali, gâché, détruit, abîmé... mais ils n'auront pas notre foi et notre confiance dans un avenir meilleur.
Comme toutes les choses qui en valent la peine, ce n'est pas évident, ni simple, ni facile. Cela requiert de la discipline: à chaque fois que notre esprit divague vers des contrées brûlées, hurlantes et désolées, il nous faut le ramener vers des avenirs chantant et radieux que nous allons créer, ensemble.
Vous êtes prêt.es? C'est parti! Apprivoisons l'inconnu pour qu'adviennent les jours heureux 😊